(R)ACHETE TON TABASCO RAVALE TES TRIPES
La communauté des Tabascoteurs vient d'hériter d'un sacré bricoleur
 
Loarnic (et dire qu'il ne faut pas faire de jeux de mots).


Loarnic, mis en vente sur ce même site, vient de changer de mains :

j’en suis le nouveau propriétaire depuis mai 2008. Le n° de coque est 168, voiles 234. Il date de 1974. La coque est rouge, en trichant un peu quand même : sous la peinture, il y a l’affreux gelcoat moutarde. Beurk ! Il loge dorénavant à Claouey, sur le bassin d’Arcachon, et va naviguer sur le bassin, bien sûr, mais aussi un peu partout en France, comme l’ont fait mes 2 bateaux précédents, un Piaf et un 510 Lanaverre.

Le 510 est un très bon bateau, mais d’une habitabilité insuffisante pour la durée de nos séjours et un peu léger pour une navigation en mer.

Quant au Piaf, installer la cabine pliante fabrication maison et gonfler les matelas pneumatiques tous les soirs…, je me dis aujourd’hui qu’il fallait être jeunes, et bien motivés… Il fallait donc trouver le bateau idéal, pas plus grand que le 510, mais plus logeable et plus marin.

 

Le tabasco, mon bateau idéal  

Le Tabasco s’est révélé parfaitement adapté à ce programme, c’est le voilier rêvé que je cherchais depuis longtemps.

Cet été, nous avons fait 15 jours de cabotage aller-retour entre Le Lavandou et les calanques de Cassis, et je peux confirmer tout le bien que j’ai lu jusqu’à présent sur ce bateau :
- rassurant,
-
marchant bien, y compris au près (ce que ne laisse pas présager sa ligne trapue),
- passant relativement bien dans le clapot,
- intelligemment conçu,
- bien accastillé, homologué 6 personnes siouplait,
- confortable (Ah, le contre-moulage, on regrette pas la corvée matinale d’épongeage !), avec une bonne hauteur d’assise, et logeable

rubrique « Retiens Ta Tribu »,  

Nous avons (bien) dormi une nuit à 3 dans la cabine, et même plutôt surpris de n’être pas plus serrés que ça ! Nous ne sommes pas des gros gabarits, c’est vrai.

Disposition : 2 en position normale, oreillers le plus remontés possible sur les couvercles des coffres latéraux (attention la tête au réveil !), le 3ème au milieu, tête vers l’étrave, en ayant pris soin de combler l’espace entre les banquettes jusqu’au puits de dérive (planchette et vêtements pliés) pour les pieds.

Je pense d’ailleurs qu’en agrandissant les fenêtres d’accès aux coffres sous les bancs du cockpit, on doit pouvoir dormir à 4 en dépannage, il y a la longueur en tout cas.

Bref, un vrai croiseur côtier en miniature. En comparaison, le 510, pourtant de la même longueur, fait « engin de plage ».
Et les défauts ? Oui, parce qu’en cherchant bien on en trouve quand même quelques uns : l’épaisseur trop fine du gelcoat du pont, c’est la pelade sur Loarnic, et il ne doit pas être un cas isolé car j’en ai vu un autre pareil,

le treuil qui se bloque et ne permet plus de remonter la dérive si elle a remonté seule en touchant le fond (ça c’est vraiment galère, on a testé, la seule solution a été de retrouver de l’eau sous la quille) et si on veut pinailler, le capot de cabine peu pratique à fermer de l’intérieur (quelqu’un a une recette ?).
Je l’ai aussi trouvé un peu gîtard, il ne faut pas hésiter à réduire assez tôt, et un peu lourd, bien que ça ne se sente pas en navigation. On lui pardonne tout ça, c’est un super bateau !

 

Les travaux : tout va très bien Madame la Marquise

Je ne connais pas l’histoire de Loarnic avant son précédent propriétaire, mais j’en ai déduit qu’il avait du passer entre des mains peu attentionnées…, et aussi que c’est un bateau qui aimait beaucoup l’eau, vu qu’il la laissait entrer de partout, qu’elle soit douce ou salée !

3 semaines de travail acharné ont tout juste suffi à le rendre navigable.

Je dresse ci-dessous la liste des travaux réalisés : si quelqu’un a les mêmes problèmes ou les mêmes projets d’aménagements, je peux fournir des compléments d’info (technique, coût, photos,…)

Dans le désordre :

- balcon redressé et re-fixé solidement

- chaumards alu remplacés (il en manquait un) par de l’inox et re-fixés solidement

- démontage de l’ensemble de l’accastillage et remontage au silicone (le bateau se remplissait d’eau de pluie par les fuites du pont)
réfection de la liaison coque-pont, éclatée sur toute la longueur tribord : collage, étanchéité, et consolidation interne au mat de verre
réfection de l’emplacement moteur sur le tableau arrière (polyester et bois HS, matériau sandwich pourri)

- enlèvement de la mousse de flottabilité imprégnée d’eau, par une ouverture pratiquée sous la table. Finalement, je n’ai pas remis de mousse sous la table, et j’ai utilisé ce trou comme espace de rangement (voir plus loin)

- recherche et colmatage des entrées d’eau de mer (jusqu’à 2 litres par demi heure en Méditerranée !) : rebouchage d’un trou à l’arrière du puits de dérive (qui avait du être percé depuis le cockpit pour fixer le palan de grand voile) et réfection du passage de l’axe de dérive, agrandi par l’usure. Consolidation du passage d’axe à l’aide de laine de verre/polyester, pose de flasques en inox contre le puits, et de caches en PVC sur le contre-moulage.

- pose d’une barre d’écoute et d’un chariot (absents)

- remplacement de tous les taquets coinceurs (absents ou trop usés)

- réfection du safran : pose de renforts sur les plaques alu (très corrodées au niveau du passage de l’axe) et construction d’un nouveau safran profilé en lames de bois exotique bouvetées et collées époxy (l’ancien safran en CP se délitait). Un grand merci à mon charpentier attitré, mon père

- remplacement des « aiguillots » existants (bricolage pattes inox /tige filetée), par des aiguillots en bronze

- réfection de l’enrouleur de foc (tordu)

- remise en état du foc par un voilier + retouches sur la voile

- pose d’œillets de renforts en inox sur le mât, au niveau des trous d’ancrage des haubans (début de déchirure de l’alu)

- remplacement du hauban tribord (cassé et mal réparé)

- nouvelle embase de mat en inox (cassée). Après l’avoir fait faire à l’identique chez un chaudronnier, j’ai eu l’idée de la percer : ça allège un peu, c’est joli (à mon goût), mais surtout, ça permet de fixer plein de trucs, et de positionner directement le mât à l’emplacement choisi avant de mâter. J’ai ajouté 2 petites pattes inox qui permettent de mâter seul, car ce n’était plus possible, le pied de mat étant aussi cassé. Maintenant les encoches en U ne servent plus à rien


- réfection du gelcoat du pont (trous, éclats, zones d’usure). Là y a du boulot, c’est pas fini mais ça avance, l’idée étant de garder l’aspect original plutôt que de le repeindre. Ma technique pour le rebouchage des trous et éclats : poncer tout ce qui dépasse, dégraisser à l’acétone, reboucher, coller sur le gelcoat frais un morceau de ruban adhésif pour peinture bien tendu, essuyer l’excédant. Si le gelcoat a été correctement teinté (c’est ça le + difficile), la réparation ne se voit pratiquement pas. Avantages : une seule application, quasiment pas besoin de poncer, possibilité d’application dans les angles.
Pour les zones d’usure sur surfaces rugueuses : application au pinceau, sur surfaces lisses : application au doigt ou spatule + ponçage.
Spécial pinailleurs (ou René Très Tatillon) : pour les éclats sur zones en pointe de diamant, rebouchage jusqu’au niveau des pointes, création des reliefs avec une lime à métaux triangulaire que l’on guide grâce aux rainures existantes, et finition au pinceau (faut être vicieux mais le résultat est nickel !)

- réfection du capot de la cabine : patte de fixation avant refaite (inox + polyester), et nouvelle porte en CP marine recouverte de gelcoat, + grille d’aération

- remplacement des hublots (un des deux était fendu)

- étanchéification des tuyaux de vidange du cockpit. Reprises de polyester + silicone

- étanchéification soignée de la cloison séparant le coffre arrière de la cabine (les odeurs d’essence de la touque passaient dans la cabine)

- réfection des charnières du coffre (deux HS)

Voilà, Loarnic est (presque) tout neuf !!

En fait, j’ai eu tellement de mauvaises surprises sur ce bateau, que j’en suis arrivé à me demander s’il n’était pas frappé d’un mauvais sort. En enlevant la mousse dans l’étrave, j’ai compris : le bateau est habité par une sorcière (voir photo). Loarnic, ça sonne breton, elle doit venir de la forêt de Brocéliande et semble dotée de grands pouvoirs : je lui ai coupé la tête, mais les problèmes ont continué. Alors si quelqu’un connaît une formule magique…

 

Les améliorations    


En plus de ces réparations, j’ai aussi réalisé quelques aménagements :

- pose d’un pataras. Il est fixé au tableau arrière par un brin attaché à 2 pattes inox de part et d’autre du safran, espacées de seulement 20 cm afin d’avoir un point d’encrage le plus éloigné possible de la bôme. Un petit palan simple permet un réglage instantané de la tension. Au final, l’installation se révèle peu gênante pour l’usage loisir, et sécurisante quand le vent forcit : au vent arrière, bien sûr, mais également au près, où le ceintrage du mat permet d’avoir une voile vraiment plate (à condition de ne pas trop tendre les bas haubans)

- pose de bas haubans

- passage des drisses de GV, foc, spi et balancine dans le mât, pose et déport de poulies dans la tête de mât pour GV et balancine, et pose de 4 poulies dans le pied. Pose d’une équerre alu en tête de mât, afin de déporter balancine et pataras de 20 cm vers l’arrière

- équipement de la bôme : palan simple en bout de bôme pour le réglage de tension de la bordure, poulies et taquets pour le cunningham et pour la prise rapide de ris 1 et 2.

- Passage des cordages dans la bôme et regroupement des commandes au même endroit. Raccourcissement de la bôme au maximum (- 8 cm), afin qu’elle n’accroche pas le pataras

- pose d’accastillage pour le tangon. Le plan de pont est le suivant : à la sortie du mât la drisse de foc est renvoyée directement sur un taquet du mât, la balancine, la drisse de voile, la drisse de spi, et le hale-bas de tangon sont renvoyés par les poulies plat pont vers les 4 taquets coinceurs d’origine du rouf, la balancine de tangon est renvoyée par une poulie additionnelle vers un cinquième taquet

- pose de renvois pour le chariot de barre d’écoute comme indiqué sur votre site : 2 poulies, 2 taquets coinceurs

- pose d’une sangle de rappel le long de la nervure centrale du cockpit. A l’usage, cette disposition s’avère peu ergonomique (à moins d’avoir de très grandes jambes), j’envisage de changer pour 2 sangles le long des bancs du cockpit


- fabrication d’un taud de voile en toile PVC thermocollée. Méthode : poser une plaque d’alu de 3 mm taillée à la dimension du collage sur les feuilles de PVC à coller, appuyer avec un fer à repasser réglage coton, attendre quelques secondes, refroidir l’alu avec une éponge mouillée.

adaptation du taud de soleil fabriqué pour le 510. La partie avant est munie de rabats sur 3 côtés pour le mauvais temps, ils sont non visibles car remontés sur la photo.

Le système est complètement modulable : taud court ou long, taud + coupe-vent, coupe-vent seul, cabine complète. Matériaux : toile PVC thermocollée, PVC Cristal pour les hublots, tuteurs de jardin en bambou, cordelettes avec tendeurs de tente et crochets de sandows.
- pose de filets de rangement au dessus des coffres latéraux (voir photo)
- installation d’équipets dans la cabine, genre L17 (voir photo). Super pratiques !! Matériaux : montants verticaux : chutes de CP marine taillées dans l’ancienne porte, fond : CP ext. 5 mm, bordure : plinthes en pin largeur 7 cm (Bricomarché). Reste à peindre le CP et vernir le pin
- réalisation d’un coffre sous la table. En fait, l’espace a été divisé en 3 parties : à l’avant 2 coffres séparés par une cloison amovible, à l’arrière une glacière en mousse de polyuréthane bâtiment épaisseur 4 cm. Elle est peinte à l’extérieur, et doublée à l’intérieur avec une feuille d’alu de pare soleil d’automobile.

Collage de l’ensemble au silicone transparent anti-moisissures (voir photo). La capacité est d’environ 15 litres. Des pains de glace tels qu’on les trouve en supérette donnent 4 jours de froid en été en Méditerranée. Oui la flottabilité en a pris une claque. Question de choix. Et puis ce n’est pas irréversible, j’ai gardé la découpe, on peut toujours remettre de la mousse et refermer.
- pose d’une ventilation (trappe de visite à visser) à l’avant de la cabine, au niveau de la baille de mouillage (voir photo).

En laissant la baille entrebâillée, on améliore encore la circulation de l’air. Un cordonnet fixé au centre du couvercle permet de le récupérer dans la baille depuis l’intérieur, et de refermer la trappe aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur.

A l’usage, je conseille de ne pas centrer la trappe comme je l’ai fait, car l’évidement pratiqué dans le pont pour le taquet d’amarrage se vide d’eau dans la baille au niveau de la trappe. Risqué en cas d’oubli de fermeture…

 

- pose d’une réserve d’eau douce (bidon de 20 litres), d’un robinet articulé et d’une pompe à pied, récupérés sur le 510. La pompe à pied est faite à partir d’un morceau de tuyau d’évacuation en PVC, d’un gros ressort inox, et de chambre à air de voiture pour la membrane et les clapets. Le robinet et fixé sur le puits de dérive

- pose de stores sur les hublots, venant également du 510 (voir photo). Matériaux : chute de toile de store Velux, tube alu Castorama fendu, ressort de jouet, billes de vélo, tube carbone cerf volant pour l’axe d’enroulement

- installation d’un réchaud dans l’un des coffres latéraux, avec système de réglage rapide de l’inclinaison à 5 positions (pas assez de place pour mettre un cardan)

 

Reste à faire (il est gourmand Loarnic)

 

- le décapage et la protection de la dérive, pas mal rouillée

- deux équipets dans le dossier des bancs du cockpit tels qu’ils existent sur les 510 (c’est tellement pratique d’avoir un rangement extérieur pour les chaussures, lunettes de soleil, crème à bronzer, carte,…). Je les ferai probablement au niveau du coffre arrière, afin qu’ils ne gênent pas pour s’adosser

- repeindre l’intérieur de la cabine

- finir la réfection du gelcoat

- faire poser une 2ème bande de ris sur la voile

- trouver une solution pour ne plus avoir le tangon et la gaffe dans les pieds dans la cabine. Pose d’un tube prolongeant le rangement dans le coffre arrière ? A étudier…


et puis naviguer surtout : en 2009, se sera selon la météo, à nouveau la Méditerranée ou la baie de Morlaix. Alors peut être à bientôt à René et à ses amis !

Pour finir, j’ai aussi la même question que Jean à propos du passage secret, les réponses de Rouge m’ayant moyennement convaincu : passage pour une corde d’enrouleur ? mais le trou débouche bien bas dans la baille… Passage pour un bout servant à affaler le spi ? La question a-t-elle été posée à Pierre Gutelle ?

Bravo pour le site !!
tabascotement vôtre
Denis (19 septembre 2008)