(R)ACHETE TON TABASCO RAVALE TES TRIPES
Cet essai datant, du début du Tabasco, nous est parvenu sous la forme d'une photocopie envoyée par l'architecte du Tabasco Pierre Gutelle et ancien collaborateur de la Revue "Bateaux". Le Tabaco essayé est le numéro 129
Bonne lecture. Il est intéressant. Nous avons reproduit les illustrations d'époque.

à la barre du Tabasco Jacques Monsault


Les acheteurs de petits croiseurs ne posent pas toujours le confort de la cabine comme  condition première de leur acquisition. Un certain nombre d'entre eux cherchent surtout un bateau plus stable que les dériveurs sur lesquels ils ont fait leurs premières armes, sans toutefois payer cette sécurité par des performances médiocres. C'est pour répondre à ce programme quo notre collaborateur Pierre Gutelle a dessiné le Tabasco, et la demande de la société Spair Marine qui manquait d'un bateau habitable pour coiffer sa gamme de bateaux ouverts.

 
CONCEPTION-CONSTRUCTION
 

Afin de conjuguer la maniabilité du dériveur et la stabilité du quillard, l'architecte a choisi la solution moderne de la quille relevable. Il se trouvait alors devant le choix entre une carène de dériveur demandant à être tenue à plat et des lignes symétriques admettant une certaine gite avant que le poids du lest ne fournisse un rappel efficace.

En fin de compte, Pierre Gutelle a cherché à concilier les avantages des deux formules en traçant une carène large assez stable de formes pour que le relais avec la stabilité de poids se fasse sans solution de continuité. On ne s'étonnera donc pas de trouver à la fois une section médiane très plate et des couples avant se remplissant rapidement du pied, tandis qu'une sorte de bustle arrière important forme une bonne quille d'échouage. =>

Malgré m'absence de ligne de flottaison, cette rondeur des volumes hors de l'eau passe facilement au regard, grâce à une étrave tendue et un roof anguleux affiné par une longue bande de plexiglas fumé.

Le gréement très simple est du type dériveur avec un foc 3/4 et une seule paire de haubans montée avec des barres de flèches tirantes. Ainsi le rôle de l'étai avant se limite à la tenue du mât au mouillage, la draille de foc encaissant tout l'effort une fois ce dernier étarqué.

En fait, le Tabasco emprunte de nombreux éléments au dériveur, qu'il s'agisse de la grande barre d'écoute positionnée environ aux trois quarts arrière de la bôme pour assurer un cintrage efficace, ou du safran relevable avec ses deux filins assurant une commande positive.


*****

*****

*****

Les adeptes du yachting léger ne seront pas non plus dépaysés par le grand cockpit avec ses deux longs caissons longitudinaux encadrés d'hiloires larges  très confortables au rappel. Mais, ils remarqueront certainement l'absence de sangles que la plupart des constructeurs se refusent à monter sur ce genre de bateau pour ne pas effrayer une clientèle non sportive. Nous avons sur ce point une vue diamétralement opposée car la sangle est un élément de confort et de sécurité, surtout pour les plaisanciers qui n'ont plus toute l'agilité de la jeunesse.

 Ce point de détail mis à part, le Tabasco fait beaucoup plus gros que sa longueur effective et nous avons été très surpris de constater que la coque ne dépassait pas 5,20 m. Cette impression provient probablement de la taille du cockpit et de la générosité des francs bords, mais également de la rigidité de la construction. =>


Cette formule de quillard léger permet de pratiquer la voile avec une bonne décontraction.
Le chantier semble utiliser des échantillonnages surabondants si l'on en juge d'après certains endroits comme les tranches des contre-moulages de roof. Leur épaisseur est celle d'une coque déjà solide. Dans ces conditions, ceci ajoute avec un raidissage presque général la mousse de polyuréthane, il est possible de sauter sur le pont ou dans le cockpit sans observer le moindre fléchissement. Le devis de poids initial semble d'ailleurs avoir été largement dépassé et dans sa catégorie le Tabasco peut donc être considéré comme un déplacement lourd. II se distingue également par le soin de sa conception qui se traduit par de nombreux raffinements de détails inhabituels sur des unités de cette taille. Citons pêle-mêle le contre-moulage complet de la cuisine, le berceau pour le repos du moteur dans le coffre arrière ou le rangement de la porte de cabine à l'intérieur du capot d'entrée. Il ne faut pas oublier le système de relevage de la quille très bien étudié avec une manivelle à poste à l'avant du cockpit, la quille relevable n'étant un avantage que dans la mesure ou sa manœuvre ne pose pas de problèmes. (suite ci-dessous à gauche de l'écran)

*****

PERFORMANCES
QUALITES MARINE

*****

A l'embarquement, le Tabasco réagit sous le poids, mais se cale à une gite modérée. Il est évidemment préférable que la quille soit basse, bien que cela ne soit pas indispensable en raison de la stabilité de formes. La coque supporte également sans difficulté le passage d'un équipier vers I'avant pour installer le foc en place. En dehors de cela, toutes Ies manœuvres sur le mat peuvent se faire avec l'équipier debout dans la cabine, le capot étant complètement enlevé. La bôme couIisse sur un rail fixe au mat, et pour conserver une bonne efficacité au halebas, il est bon de hisser la grande voile au maximum, sinon l'angle de tire est un petit peu trop faible. Ce système coulissant évite le recours à un winch pour l'étarquage de la grand'voile. La drisse de foc exige en revanche une certaine force bien que le taquet soit d'un dessin efficace. Nous n'avons pas tellement aimé le système réduction par rouleau ni le croc en bout de bôme qui ne permet pas de régler facilement la tension de la base de la grand'voile, élément pourtant essentiel sur un petit bateau racé comme celui-ci. =>


Grâce à son lest profond, le Tabasco supporte facilement le spi, et l'équipage n'est pas forcément au rappel.
Jusqu'à la force 3-4, il est préférable d'envoyer le génois, à moins que l'équipier ne rechigne et border une telle surface. Les premiers virements de bord montrent la vanité de cette crainte. En effet, le Tabasco fait preuve d'un comportement de quillard assez type. Le barreur a intérêt à virer en souplesse en profitant de l'erre importante de la coque. Pendant ce temps, l'équipier peut choquer et reborder le foc sans pratiquement utiliser les winches. Le foc standard livré en série mesure 2 m2 de moins et compte tenu du poids du bateau, convient surtout au plus près dans la brise. Son angle de tire beaucoup plus fermé permet un cap excellent. La grande barre d'écoute doit être utilisée avec ménagement au plus près, en raison de son efficacité et, jusqu'à quinze nœuds de vent, le curseur peut rester au centre sans que la barre ne devienne dure. Il nous a semblé que par suite du poids de sa construction, la coque avait tendance à enfoncer un peu de I'arrière, le moteur étant rangé normalement dans son coffre. Dans cette position, l'équilibre de la carène n'est pas parfait et le bateau se comporte mieux, soit avec deux personnes à bord seulement, soit en demandant aux deux équipiers de se tenir sur l'avant du cockpit.

*****

*****

*****
Malgré un accastillage de spi un peu faible, nous avons éprouvé beaucoup de plaisir car naviguer avec cette voilure,  le barreur n'ayant aucun mal à contrôler le bateau, d'autant plus qu'il est possible de remonter légèrement la quille pour reculer le centre de dérive. A toutes les allures, le Tabasco va vile, accélérant rapidement, sans qu'il soit possible de planer franchement par suite du poids de I'ensemble, on est très souvent en survitesse aux allures portantes sans éprouver I'impression de courir les mêmes risques qu'en dériveur. De toute façon, le bateau ne chavire pas et si on le sur toile volontairement par vent fort, il se couche et vient vent debout, l'eau ne rentrant pas dans le cockpit. II faudra toutefois ne jamais oublier que démuni de pataras, un tel gréement demande à ce que l'écoute de grand'voile soit toujours un peu en traction pour tenir la tête du mat. C'est alors que la longueur de la barre d'écoute se révèle utile. Au plus près dans la brise, le seul regret de l'équipage est l'absence de sangles citée plus haut, la coque passant avec un cap excellent par rapport aux bateaux de la même catégorie.=>

Même les deux équipiers assis à l'avant, le tableau arrière est légèrement immergé

A moins d'un calme plat, le Tabasco naviguera donc le plus souvent à la voile comme un dériveur léger et le moteur pourra rester dans son coffre, même pour les manœuvres de port. La godille déplace très facilement cette coque bien profilée. La dame de nage est un peu trop près du safran et nous runtimes installée à bâbord du tableau, mais les godilleurs sont de plus en plus rares et beaucoup préfèreront avoir la poignée d'un 6 ch. arbre Iong à la bonne main. Il s'en faut donc de très peu de chose pour que Ie Tabasco ne devienne une des unités les plus intéressantes dans son programme. Pour une fois, nous souhaitons une construction un peu plus légère qui mettrait encore plus en valeur les possibilités de la carène. Mais déjà actuellement, le Tabasco prouve qu'il est possible de combiner la sécurité et l'agrément de bord, et que le passage au voilier à cabine n'est pas forcement un purgatoire pour Ies barreurs de dériveur voulant pratiquer une navigation plus familiale.